ANDREAS GURSKY
3. 3. 2015 — 24. 1. 2016
Il est considéré comme l'un des plus importants artistes contemporains : le photographe dusseldorfois, Andreas Gursky (né à Leipzig en 1955). Objectif et précis, il capture l'épicentre de la vie moderne et de la réalité globale. Chacune de ses compositions d'ensemble est un chef d'œuvre technique et pictural, inscrit depuis longtemps désormais dans la mémoire picturale collective du monde artistique.
Le traitement numérique des images et la monumentalité constituent parallèlement, à l'emploi résolu de la photographie en couleurs, ses formes d'expression caractéristiques. En même temps, les œuvres de Gursky sont toujours les témoins devenus images de ses voyages entrepris depuis des décennies dans le monde entier. Derrières ces images se cache ainsi également une carte géographique imaginaire qui retrace les itinéraires de l'artiste. Bien rares sont les artistes de notre temps ayant pratiqué avec une telle constance le voyage en tant qu'activité, et le fait que Gursky ait toujours eu en tête une description précise du monde, de sa construction et de sa constitution, apparaît de plus en plus clairement au fil du temps. Ses travaux sont toujours une réflexion sur la vision extérieure et intérieure du monde. La beauté évidente et la perfection de ses images sont trompeuses, car c'est bien derrière ces qualités, pour ainsi dire derrière le premier regard, que se dissimule la richesse de l'espace mental de ce qui est montré. Les œuvres de Gursky séduisent par ce qu'elles montrent, mais simultanément elles portent en elles une injonction tenace à réfléchir sur leur raison d'être.
Des sites antiques aux univers fantastiques fictivement mis en scène en passant par les lieux situés au coeur de l'actualité politique et sociétale : les images d'Andreas Gursky s'avèrent toujours être une observation subtile de l'état de notre univers globalisé. Le Caire, la pyramide de Khéops, les boutiques Prada et Toys“R“Us, les ateliers de fabrication et les décharges, les spectacles de masse en Corée du Nord à Pyongyang ou à l‘occasion des rassemblements des Églises, la mise en relief subversive de structures du pouvoir et d'ordres globalisés du monde, les bourses opérant au niveau international, les musées lieux de prétendu recueillement et les héros de BD pour représenter les mondes à venir : tout cela fait partie du répertoire de ses compositions.
L'exposition du Musée Frieder Burda, qui a vu le jour en étroite collaboration avec l'artiste, permet une sorte de rétrospective de poser un regard neuf sur le fascinant univers pictural de Gursky. Le strict sentiment « d'implication », suscité par ces images qui alimentent nos représentations et imaginations du monde, peut alors être mis en question et exploré. Placée sous le commissariat de Udo Kittelmann pour le Musée Frieder Burda, l'exposition couvre la période allant des travaux emblématiques plus anciens d'Andreas Gursky jusqu‘à ses toutes dernières inventions d'images. Le visiteur voit se dérouler sous ses yeux un riche panorama d'images qui d'une part analyse avec précision notre réalité, et exprime d'autre part le plaisir extrême de voir et de découvrir des images.
Une publication paraissant aux éditions Steidl thématise la sélection d'œuvres retenue pour l'exposition de Baden-Baden et son approche artistique et curatoriale en faisant dialoguer de manière exemplaire texte et image. Le moment de la construction et de la reconstruction de la réalité inhérent aux travaux de Gursky trouve dans le catalogue un équivalent sous forme de dialogue par le biais de textes issus de la presse quotidienne nationale et internationale sélectionnés par le commissaire de l'exposition.